Je me suis demandé comment intituler cette page… « Mon histoire », « Ma vie », « J’ai brisé le silence », « Pourquoi j’ai consommé », « Délivrance »…Tous ces titres pourraient s’appliquer à ce que j’ai vécu.

La première pensée que j’ai eue après le procès c’est « Je tourne la page... ».  Et ce titre représente ma réalité après un long processus qui m’a mené vers la délivrance…

 

En fait, j’ai le goût de vous écrire des passages de ma vie, non pas pour me plaindre ou pour attirer la pitié envers moi.  Non, non, bien au contraire.  Je sais que plusieurs femmes, jeunes filles ou garçons et même des enfants vivent ou ont vécu ce qu’est l’enfer de l’inceste.  À travers ce qu’a été ma vie, je désire offrir un message d’espoir car oui, il est possible de s’en sortir malgré les souffrances et le désespoir qui s’imprègnent au fond de son cœur et ce, pendant des années! Oui, on peut s’en sortir!

 Je vous offre donc  « Tourner la page de l’inceste » afin d’aider tous ceux qui ont besoin d’espoir ou encore tout simplement pour partager avec vous un petit bout de moi. Vous allez mieux connaître « Maroca » et je vous en prie, ne me jugez pas car si je partage ce bout de vie avec vous c’est pour rejoindre le plus de gens possible afin de leur crier…
OUI, ON PEUT S’EN SORTIR!

 

J’étais la première à dire que jamais je n’arrêterais de boire car c’était ma seule amie, la bouteille! Sauf que j’ai réussi et ce, depuis 4 ans maintenant.  Je consommais également marijuana et cocaïne que j’ai laissées de côté aussi.

La vie était un enfer pour moi.  Au fin fond de moi, j’avais un grand désir… celui de mourir. Comment pouvait-il en être autrement?  Je ne connaissais que l’envers de la médaille :  Le mauvais côté de la vie!  Comment pouvais- je croire au bonheur?  Je vivais dans un monde artificiel et j’engourdissais toutes mes émotions.  Ne plus rien ressentir était ma solution car la souffrance grugeait tout mon intérieur!  J’ai voulu mourir bien des fois, je ne voyais pas la lumière au bout de ce tunnel infernal...  Croyez-le ou non…aujourd’hui, je vais bien. J’ai le goût de vivre... ma vie!

 

Voici donc des petits bouts de mon expérience de vie qui vous aideront à comprendre ce que j’étais et ce que je suis devenue.

 

 

 

Sans entrer dans les grands détails, je vous dirai que j’ai vécu une enfance très malheureuse. Mes parents ont divorcé lorsque que j’avais 4 ans et mon frère avait tout juste 1 an. Ma mère a refait sa vie et il arriva ce qui a tout chambardé ma vie :  le nouveau conjoint de ma mère lui a demandé de choisir entre lui et moi et elle a choisi... lui!!!

Quel malheur pour moi d’être ainsi séparée de mon petit frère! Je me souviens que je l’ai pleuré très souvent et durant plusieurs années.

Ce fut donc mon père qui a eu ma garde et j'ai dû vivre un déménagement.  Beaucoup de changement dans ma vie en plus du rejet de ma mère.  Et mon père….. mon père : un alcoolique toxicomane qui ne  travaillait pas la plupart du temps mais qui brillait par son absence de la maison.  Il n’était presque jamais là et lorsqu’il y était, il arrivait pratiquement toujours tard dans la nuit. Il arrivait saoul et ne manquait pas une occasion de venir me voir.  Il venait me souhaiter « Bonne Nuit » à sa façon.  Ah! Il me faisait de gros câlins mais pas ceux dont ont besoin les enfants, non!  Il me faisait des attouchements sexuels,  il abusait de moi, sa petite fille!

Je ne disais rien. J’étais triste et j’avais mal au fond de moi mais je ne voulais pas faire trop de remous.  Non, je ne voulais pas être abandonnée une autre fois et en plus, mon père étant une personne très autoritaire, j’avais très peur de lui.

Vers l’âge de  6 ou 7 ans, le « bien-être social » est venu me chercher pour me placer dans un centre d’accueil dirigé par des sœurs.  Je suis restée là un bon moment mais les sœurs ont fini par me trouver une famille. Là aussi, j’ai été malheureuse. Je passais toutes mes journées de l’été toute seule dans un carré de sable situé en arrière du garage...

Je suis demeurée à cet endroit presque 3 ans; ensuite j’ai fait d’autres Centres d’accueil et d’autres foyers nourriciers; ça n’arrêtait  pas. Mon père continuait à venir me chercher les week-ends quand ça lui adonnait et il continuait à abuser de moi. Il en demandait toujours un peu plus...

À  13 ans,  j’ai retrouvé ma mère et j’ai coupé tous les contacts avec mon prétendu père, j’en avais assez, je n’en pouvais plus!

Ma mère et moi avons essayé de vivre ensemble mais j’étais devenue une adolescente révoltée qui commençait à consommer de l’alcool et des drogues. La relation avec ma mère n’était pas ce que je souhaitais, je n’acceptais pas son autorité.  Il faut dire qu’elle était pratiquement une inconnue pour moi et que nous devions apprivoiser notre cohabitation mais je n’étais pas dans un moment de ma vie  pour même essayer…..

À 16 ans, j’ai décidé d’aller vivre toute seule en appartement  car  je travaillais et je voyais ainsi une belle opportunité d’avoir enfin la paix. J’ai tout de même gardé contact avec ma mère, la relation était bien meilleure quand nous ne vivions pas ensemble. 

À 21 ans, je buvais de plus en plus et rien pour m'aider, j’ai appris que ma mère allait mourir d’un cancer et qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre.  J’étais enfin avec ma mère et voilà qu’on me l’enlevait pour toujours.   Je l’ai très mal pris. Mes consommations d’alcool et de drogues ont augmenté, je consommais  tous les jours. La cocaïne est entrée dans ma vie à ce moment-là et ce, jusqu’à mes 25 ans. Un moment donné, j’en ai eu plus qu’assez. J’ai réussi seule à ne plus consommer de drogues sauf que j’avais besoin de beaucoup plus d’alcool pour engourdir mon mal être.  C’est là que je me suis rendu compte que j’étais une alcoolique et que je devais aller chercher de l’aide pour m’en sortir.

J’ai fait une première thérapie de groupe pour arrêter de boire et j’ai réussi 3 semaines! N’en pouvant plus encore au bout de quelques années, j’ai refait une autre thérapie mais plus sérieusement cette fois. J’ai alors appris et compris que le mal être que je vivais venait de mon enfance. Je voulais en mourir et au lieu de ça, j’ai porté plainte contre mon père.

J’ai rechuté encore en consommant de plus belle alcool et cocaïne jusqu’en décembre 1999, et c’est là que j’ai rencontré mon ange qui est aujourd’hui devenu mon mari. Depuis ce temps, je ne consomme plus rien du tout. Ça n’a pas été facile jusqu’au jour ou j’ai décidé de reprendre foi en Dieu. Ce Dieu, je l’avais banni de ma vie, l’accusant de tous mes maux... Pourtant, je ne lui avais rien fait pour qu’IL me fasse souffrir ainsi. J’ai alors commencé à Lui parler et même à le chicaner lorsque ma soif devenait insupportable... Et Il me l’enlevait, cette soif... Encore aujourd’hui, lorsque je vis des moment plus difficiles, je repense à boire et dans ce temps-là, j’interpelle Dieu afin qu’Il vienne m’aider. Ça ne prend que quelques secondes et toutes les envies disparaissent.

Le procès contre mon père m’a fait vivre des moments plus que pénibles et du stress plus que je ne l’aurais imaginé. Toute cette histoire a fait remonter des souvenirs que j’aurais voulu oublier mais je n’y arrivais pas tant ils étaient ancrés au plus profond de mon être. Je n’ai pas gagné ce procès mais je vous avoue que gagner n’était pas ce qui comptait le plus pour moi. Je désirais que « mon père » sache haut et fort ce qu’il m’a fait subir. Je désirais qu’il entende ce que j’avais à lui dire en « pleine face ». Pour moi, c’était un soulagement de pouvoir enfin me libérer…

Pour gagner ce genre de procès, il faut qu’il n’y ait aucun doute dans la tête du juge; on appelle ça : « Hors de tout doute raisonnable ». Mon père, c’est un beau parleur et un menteur né; il pourrait essayer de vous faire croire qu’il est allé sur la lune et vous le croiriez.

L’important dans le message que je veux lancer à tous ceux qui ont vécu ou qui vivent l’inceste, c’est de briser le silence en parlant avec une personne de confiance et/ou de porter plainte car je sais que vous souffrez au plus haut point. Je n’ai peut-être pas gagné mon procès mais si vous saviez toute la délivrance que j’ai ressentie et que je ressens encore aujourd’hui...

C’est le plus beau cadeau du ciel que je me suis fait, ça je vous le garantis.

 

J’ai tout de même eu besoin d’aide pour replacer mon « moi » intérieur. Dans l’attente de mon procès, durant les procédures, j’ai eu un bon moment de dépression, pas juste à cause de ce procès mais disons que je devais reparler de ce que j’avais vécu et cela a fait ressurgir toutes les émotions que j’avais enfouies depuis trop longtemps tout au fond de moi.

Il a fallu que j’appelle à l’aide car je pleurais presque tout le temps, le goût de me suicider était de plus en plus fort... mais je me suis retenue de le faire pour mes enfants et pour mon mari, les personnes que j’aime le plus au monde!

J’ai reçu l’aide d’une femme médecin du CLSC (Centre Local des Services Communautaires). Elle a diagnostiqué une dépression majeure que je traînais depuis de nombreuses années. Plutôt que de la vivre et de la soigner, je la « noyais » dans l’alcool et la drogue. J’ai pris et je prends encore des anti-dépresseurs afin de m’en sortir et de faire face à la vie avec le sourire et non plus de la fuir.

J’ai également rencontré une psychologue pour une thérapie de 10 semaines, ce qui m’a fait le plus grand bien.Un gros merci à Nancy, la psychologue, qui a su me donner l’aide dont j’avais besoin. Elle m’a guidée dans la façon de voir ma vie et ce que je voulais en faire.

 

Je vous en prie, vous tous mes amis qui souffrez,
BRISEZ LE SILENCE , ce silence
qui vous gruge et allez chercher de l’aide, n’ayez pas peur!

Et vous qui êtes peut-être témoin de gestes d’inceste et n’osez parler, sortez du silence car c’est toute une vie qui se brisera en morceaux. Réparer un pot cassé, oui ça se fait, mais les cicatrices resteront toujours apparentes quelque part…

Parlez…

Si vous vivez l’inceste ou si vous en êtes témoin….Parlez

Je vous jure que c’est une délivrance.

Merci de m’avoir lue et si je peux aider au moins une personne à se sortir de ce mutisme, je n’aurai pas raconté toute mon histoire,

je n’aurai pas tourné la page pour rien!!!

À toi qui as envie de parler, je suis là pour t’écouter...

Je vous fais un gros câlin
Maroca
xxxxx

 

Je voudrais ici dire MERCI

À mon mari ... sans lui je ne serais plus ici;

À mon amie Francine qui m’a tendu son oreille et plus encore;

À mes tantes et à Véro pour leur support moral;
À Mireille, la travailleuse sociale qui a répondu tout de suite à mon cri de détresse;

Au Dr Letarte, à Nancy la psychologue, à ma voisine Chantal
ainsi qu'à ma Cocotte, Lyse, pour leur écoute et l’aide qu’elles m’ont apportée;

À toutes mes vraies amies du Web.

Je vous aime et encore une fois merci du plus profond de mon cœur.

Si vous désirez lire la suite de mon histoire

Tourner la page... de l'inceste! tome2

 

                

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