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Sans entrer dans les grands détails,
je vous dirai que j’ai vécu une enfance très malheureuse. Mes
parents ont divorcé lorsque que j’avais 4 ans et mon frère avait
tout juste 1 an. Ma mère a refait sa vie et il arriva ce qui a
tout chambardé ma vie : le nouveau conjoint de ma mère
lui a demandé de
choisir entre lui et moi et elle a choisi... lui!!!
Quel malheur pour moi d’être ainsi
séparée de mon petit frère! Je me souviens que je l’ai pleuré très
souvent et durant plusieurs années.
Ce fut donc mon père qui a eu ma
garde et j'ai dû vivre un déménagement. Beaucoup de
changement dans ma vie en plus du rejet de ma mère. Et mon
père….. mon père : un alcoolique toxicomane qui ne
travaillait pas la plupart du temps mais qui brillait par son
absence de la maison. Il n’était presque jamais là et
lorsqu’il y était, il arrivait pratiquement toujours tard dans la
nuit. Il arrivait saoul et ne manquait pas une occasion de venir me voir. Il
venait me souhaiter « Bonne Nuit » à sa façon. Ah! Il me faisait
de gros câlins mais pas ceux dont ont besoin les enfants, non! Il
me faisait des attouchements sexuels, il abusait de moi, sa
petite fille!
Je ne disais rien. J’étais triste et
j’avais mal au fond de moi mais je ne voulais pas faire trop de
remous. Non, je ne voulais pas être abandonnée une autre fois et
en plus, mon père étant une personne très autoritaire, j’avais très peur de
lui.
Vers l’âge de 6 ou 7 ans, le
« bien-être social » est venu me chercher pour me placer dans un
centre d’accueil dirigé par des sœurs. Je suis restée là un
bon moment mais les sœurs ont fini par me trouver une famille. Là
aussi, j’ai été malheureuse. Je passais toutes mes journées de
l’été toute seule dans un carré de sable situé en arrière du
garage...
Je suis demeurée à cet endroit presque 3
ans; ensuite j’ai fait d’autres Centres d’accueil et d’autres
foyers nourriciers; ça n’arrêtait pas. Mon père continuait à
venir me chercher les week-ends quand ça lui adonnait et il
continuait à abuser de moi. Il en demandait toujours un peu
plus...
À 13 ans, j’ai retrouvé ma mère et
j’ai coupé tous les contacts avec mon prétendu père, j’en avais
assez, je n’en pouvais plus!
Ma mère et moi avons essayé de vivre
ensemble mais j’étais devenue une adolescente révoltée qui
commençait à consommer de l’alcool et des drogues. La relation
avec ma mère n’était pas ce que je souhaitais, je n’acceptais pas
son autorité. Il faut dire qu’elle était pratiquement une
inconnue pour moi et que nous devions apprivoiser notre
cohabitation mais je n’étais pas dans un moment de ma vie
pour même essayer…..
À 16 ans, j’ai décidé d’aller vivre
toute seule en appartement car je travaillais et je
voyais ainsi une belle opportunité d’avoir enfin la paix. J’ai
tout de même gardé contact avec ma mère, la relation était bien
meilleure quand nous ne vivions pas ensemble.
À 21 ans, je buvais de plus en
plus et rien pour m'aider, j’ai appris que ma mère allait mourir
d’un cancer et qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre.
J’étais enfin avec ma mère et voilà qu’on me l’enlevait pour
toujours. Je l’ai très mal pris. Mes consommations d’alcool et
de drogues ont augmenté, je consommais tous les jours. La cocaïne
est entrée dans ma vie à ce moment-là et ce, jusqu’à mes 25 ans. Un moment
donné, j’en ai eu plus qu’assez. J’ai réussi seule à ne plus
consommer de drogues sauf que j’avais besoin de beaucoup plus
d’alcool pour engourdir mon mal être. C’est là que je me suis
rendu compte que j’étais une alcoolique et que je devais aller
chercher de l’aide pour m’en sortir.
J’ai fait une première thérapie de
groupe pour arrêter de boire et j’ai réussi 3 semaines! N’en
pouvant plus encore au bout de quelques années, j’ai refait une
autre thérapie mais plus sérieusement cette fois. J’ai alors
appris et compris que le mal être que je vivais venait de mon
enfance. Je voulais en mourir et au lieu de ça, j’ai porté plainte
contre mon père.
J’ai rechuté encore en consommant de
plus belle alcool et cocaïne jusqu’en décembre 1999, et c’est là
que j’ai rencontré mon ange qui est aujourd’hui devenu mon mari.
Depuis ce temps, je ne consomme plus rien du tout. Ça n’a pas été
facile jusqu’au jour ou j’ai décidé de reprendre foi en Dieu. Ce
Dieu, je l’avais banni de ma vie, l’accusant de tous mes maux...
Pourtant, je ne lui avais rien fait pour qu’IL me fasse souffrir
ainsi. J’ai alors commencé à Lui parler et même à le chicaner
lorsque ma soif devenait insupportable... Et Il me l’enlevait,
cette soif... Encore aujourd’hui, lorsque je vis des moment plus
difficiles, je repense à boire et dans ce temps-là, j’interpelle
Dieu afin qu’Il vienne m’aider. Ça ne prend que quelques secondes
et toutes les envies disparaissent.
Le procès contre mon père m’a fait
vivre des moments plus que pénibles et du stress plus que je ne
l’aurais imaginé. Toute cette histoire a fait remonter des
souvenirs que j’aurais voulu oublier mais je n’y arrivais pas tant
ils étaient ancrés au plus profond de mon être. Je n’ai pas gagné
ce procès mais je vous avoue que gagner n’était pas ce qui
comptait le plus pour moi. Je désirais que « mon père » sache haut
et fort ce qu’il m’a fait subir. Je désirais qu’il entende ce que
j’avais à lui dire en « pleine face ». Pour moi, c’était un
soulagement de pouvoir enfin me libérer…
Pour gagner ce genre de procès, il
faut qu’il n’y ait aucun doute dans la tête du juge; on appelle
ça : « Hors de tout doute raisonnable ». Mon père, c’est un beau
parleur et un menteur né; il pourrait essayer de vous faire croire
qu’il est allé sur la lune et vous le croiriez.
L’important dans le message que je
veux lancer à tous ceux qui ont vécu ou qui vivent l’inceste,
c’est de briser le silence en parlant avec une personne de
confiance et/ou de porter plainte car je sais que vous souffrez au
plus haut point. Je n’ai peut-être pas gagné mon procès mais si
vous saviez toute la délivrance que j’ai ressentie et que je
ressens encore aujourd’hui...
C’est le plus beau cadeau du ciel
que je me suis fait, ça je vous le garantis.

J’ai tout de même eu besoin d’aide
pour replacer mon « moi » intérieur. Dans l’attente de mon procès,
durant les procédures, j’ai eu un bon moment de dépression, pas
juste à cause de ce procès mais disons que je devais reparler de
ce que j’avais vécu et cela a fait ressurgir toutes les émotions
que j’avais enfouies depuis trop longtemps tout au fond de moi.
Il a fallu que j’appelle à l’aide
car je pleurais presque tout le temps, le goût de me suicider
était de plus en plus fort... mais je me suis retenue de le faire
pour mes enfants et pour mon mari, les personnes que j’aime le
plus au monde!
J’ai reçu
l’aide d’une femme médecin du CLSC (Centre Local des Services
Communautaires). Elle a diagnostiqué une dépression majeure que je
traînais depuis de nombreuses années. Plutôt que de la vivre et de
la soigner, je la « noyais » dans l’alcool et la drogue. J’ai pris
et je prends encore des anti-dépresseurs afin de m’en sortir et de
faire face à la vie avec le sourire et non plus de la fuir.
J’ai également rencontré une
psychologue pour une thérapie de 10 semaines, ce qui m’a fait le
plus grand bien.Un gros merci à Nancy, la psychologue, qui a su me
donner l’aide dont j’avais besoin. Elle m’a guidée dans la façon
de voir ma vie et ce que je voulais en faire.
Je vous en prie, vous tous mes amis
qui souffrez, BRISEZ LE SILENCE , ce silence qui vous gruge et
allez chercher de l’aide, n’ayez pas peur!
Et vous qui êtes peut-être témoin de
gestes d’inceste et n’osez parler, sortez du silence car c’est
toute une vie qui se brisera en morceaux. Réparer un pot cassé,
oui ça se fait, mais les cicatrices resteront toujours apparentes
quelque part…
Parlez…
Si vous vivez l’inceste ou si vous en êtes témoin….Parlez
Je vous jure que c’est une délivrance.
Merci de m’avoir lue et si je peux
aider au moins une personne à se sortir de ce mutisme, je n’aurai
pas raconté toute mon histoire,
je n’aurai pas tourné
la page pour rien!!!
À
toi qui as envie de parler, je suis
là pour t’écouter...
Je
vous fais un gros câlin Maroca xxxxx
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