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Bonjour à toi,
Il me fait plaisir
de venir te partager mon témoignage.
Je suis une
femme de 42 ans, mariée depuis bientôt 25 ans en novembre
prochain, mère de 4 magnifiques enfants
et amoureuse
de la vie avec
ses joies et ses peines. J’ai un très grand sens de l’humour;
c’est probablement
cet
humour qui m’a sauvé la vie, qui
m’a aidée
à traverser cet
enfer qu’est l’inceste. Je suis une battante et jamais plus je
n’accepterai qu’on me fasse du mal. On dit qu’à travers la douleur
nous grandissons;
je peux
vous affirmer que j’en ai souffert un coup et que oui,
j’ai grandi. On dit que Dieu éprouve ceux qu’il aime;
je suis assurée
d’avoir une place près de lui.
Le tout a
commencé lorsque j’avais 4 ans, c’est le plus loin
dont je
me souvienne et je ne serais pas étonnée que mon calvaire
ait
commencé avant cet âge. Je suis le bébé d’une famille de neuf
enfants. Je n’ai jamais eu la confidence d’une de mes sœurs à
savoir si elles aussi avaient été abusées
par mon père. Je crois qu’elles préfèrent
tout simplement garder cela en elles
et je respecte leur choix. En ce qui
me concerne,
j’ai besoin d’en parler pour en arriver un jour à une libération,
à la délivrance de cet
enfer, à la dénonciation de ce geste malheureux.
Je me souviens
que mon père venait me chercher dans ma chambre pour m’emmener
avec lui dans sa chambre pendant que ma mère était absente de la
maison pour des
activités sociales. Mon père me montrait des
revues pornos et me demandait de faire comme les femmes dans ses
revues, il disait comme ceci : « Fais
comme la madame, tu es capable...
non pas comme ça...
va lentement, va vite... »
tout en serrant ma petite tête d’enfant entre ses mains d’adulte
pour se vider dans ma bouche.
Il se masturbait entre mes jambes et
m’attendait
toujours quelque
part dans la maison pour abuser de moi. Il s’amusait avec moi
comme si j’étais
une adulte;
il me faisait prendre toutes
sortes de positions pour assouvir ses besoins.
Chez moi,
il y avait deux étages et la salle de bain était au second
plancher…là où se trouvaient les chambres à coucher.
Souvent,
je préférais uriner dans mes pantalons
au lieu de monter au second de peur que mon père s’y trouve. Cela
a duré plusieurs années, jusqu’à l’âge de 16 ans. Je n’ai pas
sombré dans l’alcool et les drogues et j’en remercie Dieu.
Au lieu de ca, je me suis donnée
aux hommes...
Eh
oui!
à douze ans je couchais
avec un homme de 20 ans mon aîné;
il ne s’agissait
pas de mon père, il s’agissait
d’un autre pédophile qui m’avait envoutée
et dès qu’il m’invitait,
j’acceptais comme si cela était normal.
Cet homme,
je l’ai aimé, aimé comme toutes
les petites filles rêvent d’aimer le prince charmant. Pour moi,
le temps que je passais avec lui,
eh bien! mon père ne pouvait pas me
toucher. Avec cet homme,
j’ai découvert tout de la sexualité et de ses plaisirs. J’avais
soif de sexualité. J’avais ce besoin de satisfaire les hommes, je
voulais toujours plaire et je faisais tout pour plaire. L’aîné de
mes frères a aussi abusé de moi,
en faisant
comme mon père...
exactement les mêmes choses. J’ai eu de gros
moments de désespoir,
des moments sombres où je désirais mourir, mais il y avait quelque
chose qui m’empêchait de m’enlever la vie, peut-être parce qu’on
me l’avait déjà volée,
ma vie,
et qu’en dedans j’étais
déjà morte.
À quatorze
ans,
Do (moi) tomba enceinte d’un homme de 15 ans son aîné
juste en voulant lui prouver qu’elle ne portait pas de bourrure
dans sa brassière et en voulant rendre jaloux l’homme qui couchait
avec elle depuis l’âge de 12 ans, eh oui!,
aussi stupide que ça
et le monsieur en question s’en lava les mains...
Le
lendemain matin de cette aventure,
il prit la poudre d’escampette avec sa femme. Je sais qu’il est le
père de mon fils car l’homme avec qui je couchais
était opéré et je ne couchais
pas avec un
autre que lui durant cette période.
Mon calvaire
à duré assez longtemps pour que je perde toute estime de moi,
assez pour vouloir en finir avec la vie, assez pour venir à en
détester les hommes. J’ai voulu crier cette douleur mais on ne
m’en a pas laissé
la chance. Je
n’arrive toujours pas à comprendre comment ma mère n’est pas
arrivée
à voir ça.
Elle a été avertie
de ce qui se passait mais je crois qu’elle a
préféré fermer
les yeux de peur que toute cette histoire entache l’honneur de la
famille. Ma mère étant de
nature très fière, jamais
elle n’aurait
accepté
de s’abaisser devant les faits...
l’honneur avant tout,
c’était très important. Durant ma grossesse,
j’ai été placée
à Montréal dans un foyer pour filles mères, j’y
suis
restée
jusqu’à la fin de ma grossesse.
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Voici le plus
beau de ma vie: |
Après avoir
accouché à 14 ans d’un beau garçon, j’ai pris la décision moi-même
de lui trouver une famille étant donné mon jeune âge. Des amis
habitaient Montréal et n’avaient pas d’enfants, c’est avec eux que
je passais
mes fins de semaine.
Ils étaient des amis de la famille depuis longtemps. Un samedi
soir,
tout en jasant du bébé,
l’idée m’est venue
de leur demander d’adopter cet enfant qui allait naître. J’avais
besoin de connaître ceux qui
élèveraient mon bébé, je vivais
depuis mon enfance une si grande insécurité et je ne voulais pas
que mon bébé manque de soins, de confort et surtout d’amour…le
vrai, le grand. Ils ont accepté d’adopter et nous avons ensemble
choisi le nom du bébé. Ils ont fait une entente avec moi qu’à tous
les deux ans ils viendraient avec cet enfant pour qu’il puisse me
connaître.
Aussi,
dès qu’il aurait atteint l’âge
de voyager seul,
il aurait à choisir de venir quand cela lui conviendrait. Mon fils
me connaît depuis son plus jeune âge et je peux
vous dire que notre complicité en est une des plus belles. Parfois
les années ont été
plus difficiles que d’autres
mais jamais nous n’avons cessé de nous aimer. Je l’ai respecté
lorsqu’il traversa sa crise d’identité
et même s’il m’a dit des paroles
blessantes et même parfois déchirantes, je ne lui en veux
pas... cela
faisait partie de son cheminement et du mien. Il avait droit à la
colère face à son père, il avait droit de se questionner sur son
identité. Je l’ai aidé du mieux que j’ai pu et je l’ai laissé
aller avec ça,
le cœur serré mais je devais le faire pour lui et pour moi.
Aujourd’hui,
il m’a offert la grand bonheur d’avoir des petits-enfants.
Eh oui! à 42 ans je suis grand-maman
de deux superbes petits-enfants,
un petit-fils
et une petite-fille.
Ils ne vivent pas près de chez moi, nous habitons à 10 heures de
route
mais les contacts demeurent.
À l’âge de
16 ans,
j’ai rencontré mon amour, le vrai, celui qui
s’est retrouvé là sur ma route alors que je suppliais Dieu de me
faire un signe. Il m’a écoutée
et a répondu à ma demande. Enfin, j’avais droit au bonheur d’être
aimée pour moi, d’être
aimée
sans jugement,
sans questionnement et avec le plus grand des respects.
Cet homme est la personne à qui je dois
le plus;
il m’a aidée
à refaire confiance aux hommes ou presque car je gardais certaines
distances avec eux. Il m’a donné 3 enfants que j’adore et une
seconde vie. Près de lui je me sens
forte, je respire le bonheur d’être aimée. Oui,
il y a eu des hauts et des bas entre nous avec les années, mais
qui n’en a jamais eu?
Ma vie n’a pas été rose avant lui et parfois je laissais les
blessures du passé s’infiltrer dans notre couple. Il n’y a pas
longtemps que le
plus gros de ma souffrance est
sorti car j’ai eu la chance de croiser
des gens qui m’ont offert leur amitié
juste au moment où j’en avais
le plus besoin encore une fois. Aujourd’hui,
leur amitié est à tout jamais gravée dans mon cœur car ils m’ont
aidée
à crier cette douleur. Je
ne saurai jamais leur dire à quel
point je les remercie.
Aujourd’hui,
je pense à moi avant de penser aux autres
et pour la première fois,
je réussis à le faire sans remords.
Jamais je ne laissais
mon moi passer avant les autres, c’est comme
ça
qu’on me l’avait montré, comme de me taire parce que les enfants
n’ont pas le droit de parole.
Je remercie
l’homme de ma vie de m’avoir acceptée
comme je suis avec mon bagage de joies
et de peines.
Je le remercie de m’avoir fait découvrir l’amour, découvrir qu’il
était possible d’être aimée
sans se donner. Je le remercie de m’avoir redonné
goût à la vie, de me permettre de parler de mon calvaire
lorsque le besoin se fait sentir. Je le remercie d’être ce qu’il
est avec ses qualités et ses défauts et d’accepter mes qualités et
mes défauts. Je ne crois pas revivre un si grand amour un jour et
j’espère que ma vie se terminera dans ses bras, qu’il sera à mes côtés
lors du grand départ car je sais que si Dieu vient le chercher
avant moi,
je serai là près de lui jusqu’à la fin. Je
le remercie encore une fois pour nos 3 enfants, pour la chance de
les avoir
portés
en moi.
À vous tous
qui lisez ceci, S.V.P. ne fermez pas les yeux sur ce qu’est
l’inceste, sur toute la violence faite aux enfants et ce,
sous
toutes
ses formes. Si vous connaissez des victimes, n’ayez pas peur de
déclarer les abuseurs, vous ne savez pas à quel
point un seul instant de dénonciation peu changer la vie d’un
enfant. Je n’ai eu personne,
moi,
et j’étais
pourtant la 9ième d’une famille de neuf...
personne n’a voulu briser ce silence. Du fond du cœur,
je vous demande de ne jamais plus laisser de tels gestes se poser
car se faire voler notre enfance fait mal et jamais plus nous
n’aurons
la chance de redevenir enfant. Toutes
sortes
de problèmes
suivent :
l’abus sexuel, l’estime de soi
qui en
mange un coup, la confiance, la culpabilité que certaines personnes
osent jeter sur les victimes…
Non!
Non!
Non!
Plus
jamais! Assez,
c’est assez!
Du fond
de mon
cœur, je vous remercie de m’avoir lue.
Mon témoignage,
je l’ai abrégé car j’aurais pu vous écrire une brique. Je n’ai
dévoilé qu’une partie de ce qu’on m’a fait endurer, j’aurais pu en
dire plus mais je sais que ceux qui l’ont vécu et ceux qui
malheureusement le vivent
encore comprendront
très bien ce que j’ai vécu.
S.V.P.,
brisez le silence sur l’inceste…trop
de vies ont déjà été volées, violées, détruites.
Do xoxoxoxo
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