Suite à la parution de mon témoignage sur l'inceste, j'ai reçu beaucoup de courrier me félicitant pour le courage que j'ai eu de le faire mais aussi des lettres de personnes ayant vécu des choses similaires à moi.

 

À ceux ou celles qui voudraient "Tourner la page"... à leur tour, je vous ferai une belle place ici.

 

Ce n'est pas facile de briser le silence de l'inceste et j'en sais quelque chose. Si vous n'êtes pas encore prêt à poser ce geste, à le dire haut et fort, vous avez la chance de le faire par le biais de cette page.

 

Écrire est une vrai thérapie et fait beaucoup de bien en dedans de nous.

 

Il me fera un immense plaisir d'ajouter votre témoignage et vous aiderez d'autres personnes comme moi je vous ai aidés à Tourner la page...

 

 

 

Le 20 janvier 2004,

j'ai reçu le témoignage touchant mais combien encourageant

de la belle Do (nom fictif)

 

 

 

Bonjour à toi,

Il me fait plaisir de venir te partager mon témoignage.

Je suis une femme de 42 ans, mariée depuis bientôt 25 ans en novembre prochain, mère de 4 magnifiques enfants et amoureuse de la vie avec ses joies et ses peines. J’ai un très grand sens de l’humour; c’est probablement cet humour qui m’a sauvé la vie, qui m’a aidée à traverser cet enfer qu’est l’inceste. Je suis une battante et jamais plus je n’accepterai qu’on me fasse du mal. On dit qu’à travers la douleur nous grandissons; je peux vous affirmer que j’en ai souffert un coup et que oui, j’ai grandi. On dit que Dieu éprouve ceux qu’il aime; je suis assurée d’avoir une place près de lui.

Le tout a commencé lorsque j’avais 4 ans, c’est le plus loin dont je me souvienne et je ne serais pas étonnée que mon calvaire  ait commencé avant cet âge. Je suis le bébé d’une famille de neuf enfants. Je n’ai jamais eu la confidence d’une de mes sœurs à savoir si elles aussi avaient été abusées par mon père. Je crois qu’elles préfèrent tout simplement garder cela en elles et je respecte leur choix. En ce qui me concerne, j’ai besoin d’en parler pour en arriver un jour à une libération, à la délivrance de cet enfer, à la dénonciation de ce geste malheureux.

Je me souviens que mon père venait me chercher dans ma chambre pour m’emmener avec lui dans sa chambre pendant que ma mère était absente de la maison pour des activités sociales. Mon père me montrait des revues pornos et me demandait de faire comme les femmes dans ses revues, il disait comme ceci : « Fais comme la madame, tu es capable... non pas comme ça... va lentement, va vite... » tout en serrant ma petite tête d’enfant entre ses mains d’adulte pour se vider dans ma bouche. Il se masturbait entre mes jambes et m’attendait toujours quelque part dans la maison pour abuser de moi. Il s’amusait avec moi comme si j’étais une adulte; il me faisait prendre toutes sortes de positions pour assouvir ses besoins.

Chez moi, il y avait deux étages et la salle de bain était au second plancher…là où se trouvaient les chambres à coucher. Souvent, je préférais uriner dans mes pantalons au lieu de monter au second de peur que mon père s’y trouve. Cela a duré plusieurs années, jusqu’à l’âge de 16 ans. Je n’ai pas sombré dans l’alcool et les drogues et j’en remercie Dieu. Au lieu de ca, je me suis donnée aux hommes... Eh oui! à douze ans je couchais avec un homme de 20 ans mon aîné; il ne s’agissait pas de mon père, il s’agissait d’un autre pédophile qui m’avait envoutée et dès qu’il m’invitait, j’acceptais comme si cela était normal. Cet homme, je l’ai aimé, aimé comme toutes les petites filles rêvent d’aimer le prince charmant. Pour moi, le temps que je passais avec lui, eh bien! mon père ne pouvait pas me toucher. Avec cet homme, j’ai découvert tout de la sexualité et de ses plaisirs. J’avais soif de sexualité. J’avais ce besoin de satisfaire les hommes, je voulais toujours plaire et je faisais tout pour plaire. L’aîné de mes frères a aussi abusé de moi, en faisant comme mon père... exactement les mêmes choses. J’ai eu de gros moments de désespoir, des moments sombres où je désirais mourir, mais il y avait quelque chose qui m’empêchait de m’enlever la vie, peut-être parce qu’on me l’avait déjà volée, ma vie, et qu’en dedans j’étais déjà morte.

À quatorze ans, Do (moi) tomba enceinte d’un homme de 15 ans son aî juste en voulant lui prouver qu’elle ne portait pas de bourrure dans sa brassière et en voulant rendre jaloux l’homme qui couchait avec elle depuis l’âge de 12 ans, eh oui!, aussi stupide que ça et le monsieur en question s’en lava les mains... Le lendemain matin de cette aventure, il prit la poudre d’escampette avec sa femme. Je sais qu’il est le père de mon fils car l’homme avec qui je couchais était opéré et je ne couchais pas avec un autre que lui durant cette période.

Mon calvaire à duré assez longtemps pour que je perde toute estime de moi, assez pour vouloir en finir avec la vie, assez pour venir à en détester les hommes. J’ai voulu crier cette douleur mais on ne m’en a pas laissé la chance. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ma mère n’est pas arrivée à voir ça. Elle a été avertie de ce qui se passait mais je crois qu’elle a préféré fermer les yeux de peur que toute cette histoire entache l’honneur de la famille. Ma mère étant de nature très fière, jamais elle n’aurait accepté de s’abaisser devant les faits... l’honneur avant tout, c’était très important. Durant ma grossesse, j’ai été placée à Montréal dans un foyer pour filles mères, j’y suis restée jusqu’à la fin de ma grossesse.

 

Voici le plus beau de ma vie:

Après avoir accouché à 14 ans d’un beau garçon, j’ai pris la décision moi-même de lui trouver une famille étant donné mon jeune âge. Des amis habitaient Montréal et n’avaient pas d’enfants, c’est avec eux que je passais mes fins de semaine. Ils étaient des amis de la famille depuis longtemps. Un samedi soir, tout en jasant du bébé, l’idée m’est venue de leur demander d’adopter cet enfant qui allait naître. J’avais besoin de connaître ceux qui élèveraient mon bébé, je vivais depuis mon enfance une si grande insécurité et je ne voulais pas que mon bébé manque de soins, de confort et surtout d’amour…le vrai, le grand. Ils ont accepté d’adopter et nous avons ensemble choisi le nom du bébé. Ils ont fait une entente avec moi qu’à tous les deux ans ils viendraient avec cet enfant pour qu’il puisse me connaître. Aussi, dès qu’il aurait atteint l’âge de voyager seul, il aurait à choisir de venir quand cela lui conviendrait. Mon fils me connaît depuis son plus jeune âge et je peux vous dire que notre complicité en est une des plus belles. Parfois les années ont été plus difficiles que d’autres mais jamais nous n’avons cessé de nous aimer. Je l’ai respecté lorsqu’il traversa sa crise d’identité et  même s’il m’a dit des paroles blessantes et même parfois déchirantes, je ne lui en veux pas... cela faisait partie de son cheminement et du mien. Il avait droit à la colère face à son père, il avait droit de se questionner sur son identité. Je l’ai aidé du mieux que j’ai pu et je l’ai laissé aller avec ça, le cœur serré mais je devais le faire pour lui et pour moi. Aujourd’hui, il m’a offert la grand bonheur d’avoir des petits-enfants. Eh oui! à 42 ans je suis grand-maman de deux superbes petits-enfants, un petit-fils et une petite-fille. Ils ne vivent pas près de chez moi, nous habitons à 10 heures de route mais les contacts demeurent.

À l’âge de 16 ans, j’ai rencontré mon amour, le vrai, celui qui s’est retrouvé là sur ma route alors que je suppliais Dieu de me faire un signe. Il m’a écoutée et a répondu à ma demande. Enfin, j’avais droit au bonheur d’être aimée pour moi, d’être aimée sans jugement, sans questionnement et avec le plus grand des respects. Cet homme est la personne à qui je dois le plus; il m’a aidée à refaire confiance aux hommes ou presque car je gardais certaines distances avec eux. Il m’a donné 3 enfants que j’adore et une seconde vie. Près de lui je me sens forte, je respire le bonheur d’être aimée. Oui, il y a eu des hauts et des bas entre nous avec les années, mais qui n’en a jamais eu? Ma vie n’a pas été rose avant lui et parfois je laissais les blessures du passé s’infiltrer dans notre couple. Il n’y a pas longtemps que le plus gros de ma souffrance est sorti car j’ai eu la chance de croiser des gens qui m’ont offert leur amitié juste au moment où j’en avais le plus besoin encore une fois. Aujourd’hui, leur amitié est à tout jamais gravée dans mon cœur car ils m’ont aidée à crier cette douleur. Je ne saurai jamais leur dire à quel point je les remercie.

Aujourd’hui, je pense à moi avant de penser aux autres et pour la première fois, je réussis à le faire sans remords. Jamais je ne laissais mon moi passer avant les autres, c’est comme ça qu’on me l’avait montré, comme de me taire parce que les enfants n’ont pas le droit de parole.

Je remercie l’homme de ma vie de m’avoir acceptée comme je suis avec mon bagage de joies et de peines. Je le remercie de m’avoir fait découvrir l’amour, découvrir qu’il était possible d’être aimée sans se donner. Je le remercie de m’avoir redonné goût à la vie, de me permettre de parler de mon calvaire lorsque le besoin se fait sentir. Je le remercie d’être ce qu’il est avec ses qualités et ses défauts et d’accepter mes qualités et mes défauts. Je ne crois pas revivre un si grand amour un jour et j’espère que ma vie se terminera dans ses bras, qu’il sera à mes côtés lors du grand départ car je sais que si Dieu vient le chercher avant moi, je serai là près de lui jusqu’à la fin. Je le remercie encore une fois pour nos 3 enfants, pour la chance de les avoir portés en moi.

À vous tous qui lisez ceci, S.V.P. ne fermez pas les yeux sur ce qu’est l’inceste, sur toute la violence faite aux enfants et ce, sous toutes ses formes. Si vous connaissez des victimes, n’ayez pas peur de déclarer les abuseurs, vous ne savez pas à quel point un seul instant de dénonciation peu changer la vie d’un enfant. Je n’ai eu personne, moi, et j’étais pourtant la 9ième d’une famille de neuf... personne n’a voulu briser ce silence. Du fond du cœur, je vous demande de ne jamais plus laisser de tels gestes se poser car se faire voler notre enfance fait mal et jamais plus nous n’aurons la chance de redevenir enfant. Toutes sortes de problèmes suivent : l’abus sexuel, l’estime de soi qui en mange un coup, la confiance, la culpabilité que certaines personnes osent jeter sur les victimes… Non! Non! Non! Plus jamais! Assez, c’est assez!

Du fond de mon cœur, je vous remercie de m’avoir lue. Mon témoignage, je l’ai abrégé car j’aurais pu vous écrire une brique. Je n’ai dévoilé qu’une partie de ce qu’on m’a fait endurer, j’aurais pu en dire plus mais je sais que ceux qui l’ont vécu et ceux qui malheureusement le vivent encore comprendront très bien ce que j’ai vécu.

 

S.V.P., brisez le silence sur l’inceste…trop de vies ont déjà été volées, violées, détruites.

Do xoxoxoxo

                 

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